« Quand la barbe de ton voisin brûle, arrose d’eau la tienne », indique un proverbe sahélien. Mais quand c’est la case du voisin qui brûle, il devient dérisoire d’enfouir sa tête dans le sable. Les destins du Mali et du Burkina sont historiquement parallèles. Même si les populations des deux pays n’ont pas oublié la « Guerre de Noël » qui les opposa brièvement en décembre 1985, autour de la bande de terre semi-désertique d’Agacher, c’est à une franche coopération qu’elles assistent depuis les années 90, amitié sahélienne sublimée par l’entente cordiale d’Amadou Toumani Touré et de Blaise Compaoré, deux anciens militaires officiellement ou officieusement adeptes de putschs « moralisateurs ». Mais où le parallélisme s’arrêtera-t-il ? Le Burkina célèbre le premier anniversaire des mutineries qui secouèrent le régime pendant de longues semaines. Alors, pour que le concept de destins parallèles ne se mue pas en oracle pour le président du Faso, les autorités burkinabè ne peuvent pas se contenter d’arroser d’eau leur menton. Si l’Ivoirien Ibrahim “I.B.” Coulibaly avait pu tranquillement préparer son hypothétique destin national à Ouagadougou, en 2002, les rebelles maliens présents sur le territoire burkinabè, eux, se sont vu rapidement remis à leur place. Lorsqu’en février, le quotidien burkinabè L’Observateur paalga donna la parole à un colonel touareg présent au Burkina, le Conseil supérieur de la Communication déplora officiellement la légèreté avec laquelle le journal ouvrait ses « colonnes à des rebelles qui tiennent des propos racistes et appellent à la partition d’un Etat souverain voisin. » Pendant le bras de fer entre l’organe de régulation et la presse, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération Régionale, Djibrill Bassolé, enfonçait le clou en rappelant leur droit de réserve à tous les réfugiés présents sur le territoire national. Pas question que le Faso, longtemps considéré comme un pompier-pyromane dans les crises de la région, ne devienne une base arrière de la rébellion malienne. Pour mieux empêcher toute contagion putschiste, le régime a choisi d’annihiler toute importation politique. Mais l’implication du Burkina Faso n’a pu se cantonner à la neutralité passive et à la bienveillance humanitaire.
via Les barbus d’AQMI et la “barbe” burkinabè – leFaso.net, l’actualité au Burkina Faso.
