Respect? Mais pour qui?

Ancien président du Sénégal, maintenant secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, mais il semble ne pas avoir lu aucun roman africain depuis ses jours de collegien… Et Mabanckou?  Monénembo? Kourouma? Khadra? Achebe?  Oubliez-les… chez M. Diouf c’est toujours Corneille et Racine.  On comprend donc pourquoi les jeunes de l’Afrique de l’ouest ne lisent pas.

Quel a été votre premier émoi littéraire?

En classe de sixième, j’ai été particulièrement ému à la lecture du Cid de Corneille. Ce fut un grand moment dans ma vie de collégien. Aujourd’hui encore, certaines phrases me reviennent: «Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port…», «Que peut-on m’ordonner que mon bras n’accomplisse?», «À qui venge son père, il n’est rien d’impossible», «Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse: nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse.» Bien entendu, nous avons aussi dû lire tous les classiques comme Racine, Molière, sans oublier ce géant de la littérature qu’était Victor Hugo.

Quelle a été l’importance du livre de l’enfance à l’âge adulte?Vos influences?

Le livre a représenté pour le jeune Sénégalais que j’étais une formidable ouverture sur le monde. Par la langue française, qui est la langue officielle du Sénégal grâce à Léopold Sédar Senghor, j’ai pu avoir accès à tous les grands auteurs francophones, dans des domaines aussi différents que l’histoire, les sciences, la philosophie et, bien sûr, la littérature. Jeune étudiant, j’ai notamment été influencé par Montesquieu.

Quels sont les titres qui vous ont marqué, les auteurs que vous appréciez le plus?

J’aime beaucoup Victor Hugo, Racine, Corneille. Quelqu’un a dit que Corneille peint les hommes tels qu’ils devraient être; Racine les peint tels qu’ils sont. Par mon exigence éthique, ma recherche de la vertu et de l’héroïsme, je préfère Corneille pour les thèmes qu’il développe! Bien entendu, j’aime l’œuvre de Léopold Sédar Senghor, mon père spirituel et mon maître, comme celle de Césaire. J’apprécie aussi beaucoup les écrivains africains, comme Birago Diop: un écrivain sénégalais qui, tout en écrivant en français, arrive à vous faire pénétrer dans l’esprit de notre civilisation. Son écriture est telle qu’on a l’impression d’entendre les intonations de nos langues nationales… Enfin, il y a Hampâté Bâ, un écrivain malien qui a écrit Amkoullel l’enfant peul, un très beau récit. C’était un homme très tolérant, très ouvert. Il est venu me rendre visite, une fois, à Dakar.

Que lisez-vous en ce moment? En avez-vous seulement le temps?

Mon emploi du temps ne me laisse, il est vrai, que peu de temps pour la lecture. Je lis beaucoup de littérature spirituelle, qui est plus reposante pour l’esprit et qui, d’une manière générale, nous pousse à nous interroger sur le sens de la vie. La Bible et le Coran sont deux textes essentiels à mes yeux. Autrement, pour me distraire avant de dormir, j’avoue lire et relire les bandes dessinées d’Astérix ou d’Iznogoud, dont je reste un inconditionnel!

via Malijet Entretien avec … Abdou Diouf, à propos de la lecture Mali Bamako.

About mkevane

Economist at Santa Clara University and Director of Friends of African Village Libraries.
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